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L'Etat de Grâce: la politique au service de la fiction ?

L'Etat de Grâce: la politique au service de la fiction ?

par Matthew le 28/09/2006 à 22:16


L'Etat de Grâce... Cela devait être l'événement de ce mois de septembre sur France 2, cela a finalement été le fiasco de la rentrée pour la chaîne publique. Un véritable camouflet de la part des téléspectateurs qui ont choisi de rejeter en masse Grace Bellenger pour ses premiers pas en tant que présidente de la république française. Un peu plus de trois millions de personnes seulement étaient au rendez-vous de l'épisode numéro un de cette fiction.

Pourtant tout n'avait pas si mal commencé... Le sujet traité est en effet au plein coeur de l'actualité française ces derniers mois : et si une femme s'imposait à la présidence de la république ? Ségolène Royal a fait son petit effet sur le monde médiatique en accaparant toutes les attentions des journalistes après son envolée dans les sondages. C'est désormais une véritable campagne de communication qui s'orchestre autour de la prétendante qui espère bien recevoir le soutien de son parti dans les semaines à venir. Dans la fiction, pas question de donner l'impression d'avantager la possible candidate socialiste. Sous une sensibilité de gauche, Grace Bellenger n'est affiliée à aucun parti politique : elle est issue de la société civile, dans laquelle elle a fait ses premières armes en tant que militante associative. Un choix discutable qui marque bien la frilosité des scénaristes et des chaînes de télévisions françaises qui n'osent pas froisser leurs chers téléspectacteurs...

La présidente est donc victorieuse d'une élection au gôut de fantastique, sans les traditionnelles étiquettes politiques auxquelles nous sommes habitués depuis déjà bien des années et qui font aujourd'hui partie intégrante de la vie publique française. Généreuse, elle propose une conception personnelle et idéaliste de la société qu'elle veut diriger. Dès les premières minutes, le décor est planté : malgré la présence du très sérieux Christophe Barbier (directeur de la rédaction du magazine L'Express) en tant que consultant politique, il ne s'agit pas d'une fiction qui cherche à mimer la réalité, mais réellement d'une comédie qui prend ses distances avec la vraisemblance. Une fois ce constat accepté, le téléspectacteur découvre une comédie sans prétention mais sympathique, qui n'a certainement pas à rougir face à d'autres séries humoristiques hexagonales, la plupart du temps au ras des pâquerettes. Etat de Grâce parvient à proposer des scènes qui se révèlent être de bonnes surprises, notamment celles consacrées à la stratégie de communication de la présidente mais n'évite malheureusement pas certains clichés : un premier ministre de droite diabolisée, le fidèle ami homosexuel, le chauffeur qui tombe amoureux de sa patronne...

Impossible d'éviter la comparaison avec Commander in Chief, qui avait fait son apparition à la télévision américaine la saison dernière. Même parti pris de neutralité politique, Mackenzie Allen est indépendante de tout parti. Propulsée en tant que leader du monde libre après la mort du président, cette ancienne responsable d'université va assurer le pouvoir. Les passions, les luttes qui vont s'en suivre vont être la base de cette fiction américaine, qui contrairement à Etat de Grâce, est clairement un drama : même si l'on s'attarde sur les attributs du First Gentleman (le mari de la présidente, en référence à la First Lady) et la vie de famille, la série s'attache à garder une importante toile de fond politique. Accusée de faire la promotion de la candidature d'Hillary Clinton et après des débuts prometteurs, les téléspectateurs américains ont livré leur sanction et Commander in Chief n'a pas eu l'occasion de se représenter pour un second mandat.

En conclusion, Etat de Grâce est loin d'être une mauvaise série en tant que telle mais ne fait-elle pas plus de tort aux hommes politiques en proposant une image faussée du monde politique ? N'aurait-on pas gagné à proposer aux Français une fiction moins coupée de la réalité et plus documentée sur cet univers ? Etait-ce par peur de rebuter les téléspectateurs ? Nous restons hélas encore une fois bien à la traîne derrière les Américains, qui ont eu le bonheur de découvrir sur leurs petits écrans un petit bijou intitulé The West Wing (A la Maison Blanche). Forte de sept années de succès critique et de relatives bonnes audiences, cette fiction a su allier l'idéalisme du président Bartlet - incarné par l'excellent Martin Sheen - à un réalisme confirmé par de nombreux experts outre-atlantique... A l'aube d'une année électorale, n'est-il pas temps de respecter l'intelligence du télésptacteur français, en lui proposant une analyse fine du monde politique sous une forme fictionnelle ?

A découvrir, un point de vue beaucoup plus dur sur Etat de Grâce : Guy Birenbaum, éditeur et qui doit lui aussi écrire une série politique, livre ses impressions sur le spectacle qu'il a pu découvrir à la télévision française. Un avis sans concessions à lire ici, http://birenbaum.blog.20minutes.fr/archive...-politique.html

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