Avec Greco, FR2 a enfin dégoté une réponse française aux talents outre-Atlantique. Car, oui, en France, il existe aussi des scénaristes très talentueux qui ne demandent qu’à avoir les mêmes moyens dont jouissent leurs homologues américains pour s’exprimer et créer des séries françaises innovantes, originales et de qualité.
Greco relate l’histoire du Capitaine de la Crim’ Matthias Grecowski, joué par l’acteur Philippe Bas (L’Empire des loups, les irréductibles), qui, à la suite d’une grave blessure lors d’une mission, se retrouve dans le coma et fait l’expérience de la mort imminente. Il en ressort transformé psychologiquement et émotionnellement. Depuis il reçoit de temps à autre des visiteurs du passé qui l’appellent à l’aide, bien qu’ils ne s’expriment jamais verbalement lors de leurs apparitions. Matthias, suivi par une psychologue, chargée d’évaluer son état mental et sa capacité à retourner sur le terrain, se fait désormais appeler Greco et tente tant bien que mal de vivre avec ce nouveau don ou fatalité du destin.
D’après le synopsis, on pourrait craindre une espèce d’hybride français entre XFiles et Dead Zone, au résultat insipide et sans intérêt.
Au contraire, Greco, cette série en 6 épisodes crée par Philippe Setson (scénariste de Quai n°1) pour FR2, se révèle bien écrite, aux intrigues solides et très bien jouée. PhilippeSetson a voulu s’essayer au polar fantastique et force est de constater qu’il le fait avec un certain talent, en s’inspirant des maîtres du genre américains, mais en y ajoutant une «
La première bonne idée de Philippe Setson est d’avoir repris le format de 52 minutes des séries US, seul format exportable dans le monde, qui change la façon de construire le scénario, sans la contrainte des publicités toutes les 10 minutes dont les scénaristes américains, eux, doivent tenir compte pour capter l’attention des téléspectateurs et ne pas leur donner envie de zapper à tout rompre. Heureusement en France et notamment sur le service public, les téléspectateurs sont plutôt épargnés de ce côté-là.
Ensuite, au niveau de la réalisation, Philippe Setson utilise de grands plans de vue de haut de Paris, comme transition naturelle d’une scène à l’autre. Ce procédé est très prisé des réalisateurs des Experts où les vues aériennes de Las Vegas ou Manhattan sont très nombreuses.
La réalisation dans les séries américaines est souvent nerveuse et rythmée pour donner de la vivacité à l’intrigue et susciter l’intérêt du téléspectateur. C’en est même parfois une marque de fabrique comme dans 24h Chrono.
La réalisation de Greco est moins rapide mais tout autant rythmée. C’est juste un rythme un peu plus lent à la française.
Voilà ce qu’il en est pour la forme mais qu’en est-il pour le fond ?
Le succès d’une série repose d’abord sur la construction soignée des personnages principaux comme des personnages secondaires. Philippe Setson l’a bien compris en brossant un portrait crédible et attachant de son duo de flic de la Crim’.
Greco et sa partenaire, le Lieutenant Danica Miller, jouée par une actrice peu connue, Audrey Lunati, ont tout deux un passé douloureux qui expliquent leur personnalité et ce qu’ils sont aujourd’hui. Le passé douloureux du personnage est un classique de l’écriture scénaristique pour étoffer un personnage et l’humaniser afin que le téléspectateur s’y attache.
Chamboulé par tout ce qui lui arrive, Greco est devenu un homme plus introverti et taciturne qu’il n’était avant son accident. Il vit dans une espèce d’entrepôt sombre et sobre dans lequel trône un énorme portrait d’une jeune femme. Apparemment, il s’agit de sa femme, qui a disparu trois ans auparavant et Greco a dû mal à s’en remettre. Heureusement, il peut compter sur le soutient de sa partenaire, un jeune flic de la Crim’, intrépide et drôle, accro au chocolat et blessée intérieurement par l’abandon de son père lorsqu’elle était enfant. A noter ici que Audrey Lunati est une excellente actrice et gagnerait qu’on la voit plus souvent sur le petit écran français, et pourquoi pas le grand.
L’addiction au chocolat et un détail mais ce sont les détails qui construisent un personnage car ils les inscrivent dans un quotidien et une réalité chères au téléspectateur. Les scénaristes américains le savent, eux, depuis longtemps, mais en France la nouvelle n’est pas assez répandue et c’est peut être là que certains scénarios pêchent. Mais revenons-en à Greco.
Evidemment, les deux héros n’agissent pas seuls. Ils sont sous la houlette du Commissaire Joël Vanderwalk, joué par Maxime Leroux. Ce commissaire, semblant tout droit sorti du 19ème siècle avec ses costumes trois pièces et ses habitudes de fumer une cigarette avec un embout métallique pour ne pas que les lèvres soient directement en contact avec la cigarette, ceci, accompagné d’un petit verre de Whisky, est un personnage sympathique et amusant. Au début sceptique face aux visions de Greco, il se bat ensuite pour ouvrir une section spéciale de la Crim’ dédiée à résoudre les affaires dont Greco aurait vent par ses visiteurs du passé. En réalité, il espère secrètement que son fils, dont il n’a pas de nouvelles depuis 8 ans, va se manifester auprès de Greco et enfin lui permettre de comprendre ce qui s’est passé et panser la plaie de l’échec de son mariage. La réplique fétiche de ce Commissaire « fort bien, fort bien », participe à donner un petit côté vieillot mais amusant au personnage.
Des héros tourmentés mais qui avancent grâce à cela, des personnages fouillés et de bons acteurs, voilà une des clés de la qualité de cette série.
Cependant ce n’est pas suffisant, l’intrigue doit être crédible et bien construite, les dialogues bien balancés, et surtout pas clichés comme c’est trop souvent le cas dans les séries françaises, qui donnent tout de suite à l’ensemble un petit côté série B risible et ridicule, qui fait que les séries américaines sont toujours meilleures que nos séries, et de loin.
La musique et les effets sonores jouent également un rôle important dans une série. Ils sont un acteur à part entière qui sert l’intrigue et contribuent à créer une ambiance et une identité singulière à un show. Erwann Kermovant, chargé de la musique sur Greco a fait ici un travail remarquable, digne des meilleures séries dramatiques américaines comme les Experts. Ce qui différencie les Experts Las Vegas de ses spins offs à Miami et à Manhattan, c’est non seulement les couleurs (vert pour LV, bleu pour NY et jaune pour Miami), mais c’est aussi le choix des musiques. Et Greco a su avoir sa propre identité musicale, qui contribue à sa singularité.
On en revient toujours à la comparaison avec ce qui se fait aux Etats-Unis mais les séries américaines sont incontestablement les meilleures de part leur succès nationales et internationales mais aussi leur longévité et rentabilité, qui sont un modèle pour tous les scénaristes et producteurs dans le monde.
Les influences américaines dans l’écriture de Greco sont d'ailleurs criantes. Prenons tout d’abord les noms des personnages. Greco (diminutif de Grecosky). Un nom court, qui sonne bien à l’oreille, facile à retenir. Aux USA on a droit à House, Booth, Brennan, Mulder, Scully, Grissom etc. Tous des noms courts, qui sonnent bien à l’oreille et faciles à retenir. La remarque peut sembler insignifiante mais si le héros principal de la série s’appelait Dupont, ce serait quand même nettement moins crédible et serait un « tue-série » car d’emblée cataloguée comme rétro et tellement pas dans le coup par rapport à ce qu’on a l’habitude de voir maintenant sur nos chaînes françaises.
Fort heureusement ce n’est pas le cas, et Greco est plutôt un nom de personnage bien trouvé. Sa partenaire Danica, dit « Dani » a un nom atypique mais plutôt bien trouvé également. On ne peut d’ailleurs pas s’empêcher de penser à une certaine Dana. Dana, Dani, plutôt troublante comme ressemblance. Est-ce un hasard complet ou un clin d’œil du scénariste ? La deuxième hypothèse semble la plus probable car tout comme Mulder et Scully, relégués au sous-sol du FBI aux affaires non-classées et objet des moqueries de leurs collègues, Greco et Dani écopent d’un bureau au sous-sol de la Crim’ et sont considérés comme zinzins par leurs pairs. Mais eux n’en ont que faire, ce qui compte c’est de comprendre ce que veulent les visiteurs de Greco et de clore ainsi quelques dossiers non résolus. « Affaires non résolues » fait penser à Cold Case, « affaires non résolues fantastiques » fait penser à XFiles. L’influence outre-Atlantique est ici bien présente.
Mais alors où se trouvent la "
En conclusion, Greco est vraiment une bonne série et quand on est accro aux séries américaines, le terme « série française » signifie bien souvent « plat, nul, mal jouée et sans intérêt ». Cela fait plaisir de voir que ce lieu commun est totalement faux.
Un format de 52mn, une bonne réalisation, des personnages bien brossés, une écriture soignée, un jeu d’acteurs parfait, une bande son inspirée et un scénario crédible sont donc les ingrédients qui font de Greco une série de qualité. Ajoutez à cela, un soupçon de savoir-faire américain en matière de séries à succès, des moyens financiers suffisant, sans oublier la «