Le 29 octobre 2007, Canal+ a organisé la première projection de sa nouvelle série phare La Commune, devant un parterre de journalistes rapidement conquis. La projection a été suivie par un déjeuner en présence de tous les acteurs, des producteurs et du réalisateur. Sérienews y était et vous raconte.
Une salle de projection aux magnifiques sièges en cuir noir. Une quarantaine de journalistes de presse et de radio confortablement installés et munis du dossier de presse de La Commune. La projection pouvait commencer. Avant cela, Fabrice de La Pattelière, Directeur de la fiction à Canal+, Jean-François Boyer et Emmanuel Daucé, producteurs de la série pour Tetra média et Abdel Raouf Dafri, créateur et scénariste de La Commune, ont fait un petit speech de présentation.
Tandis que d'un côté on encense la série et l'écriture originale du scénariste, se félicitant de participer à un projet d'une telle qualité, de l'autre, on remercie chaleureusement - et non sans un pointe de provocation à l'encontre des autres chaînes du Paf - Canal+, seule chaîne moderne et à même d'apprécier la série.
Les courtoisies de rigueur faites, nous entrons enfin dans le vif du sujet.
D'après le synopsis, La Commune est une « cité qui détient tous les records en matière de chômage, trafic de stupéfiants et criminalité. Après vingt ans passés en prison, le charismatique leader musulman Isham Amadi décide de réintégrer son quartier d'origine où il retrouve son ami d'enfance, devenu le caïd local, Houssmane Daoud. Les habitants du quartier de la Commune viennent d'apprendre que les immeubles vétustes dans lesquels ils résident vont être rasés. Soupçonnant là une manœuvre pour nettoyer la cité de ses éléments les plus « nocifs », certains habitants, rassemblés autour d'Amadi, organisent la résistance. Mais derrière cet affrontement politico-médiatique se profile une guerre de territoire larvée et meurtrière : celle que se livrent les deux frères ennemis Daoud et Amadi, liés par un crime vieux de vingt ans ».
La série promettait donc d'être plutôt une série noire et tragique. Nous n'avons pas été déçus.
Les premières minutes ont suffit à balayer les a priori d'une réalisation « à la française », entendez par là, lente, mauvaise et prévisible, tant la qualité des images et le rythme à la fois énergique et mélancolique de la série sont présents.
Philippe Tréboit, le réalisateur, explique d'ailleurs très bien ce choix « la mise en scène pour moi n'est qu'une affaire de rythme ; celui qui s'impose à moi, celui auquel j'essaie de faire adhérer. A La Commune, le temps est suspendu et s'écoule de l'intérieur. J'ai donc résolu de dilater certains moments pour en évacuer d'autres ». Les puristes de la réalisation apprécieront et toute la communauté des réalisateurs français en sort grandie.
Dès la première scène, l'originalité tant évoquée de la série est éclatante. Nous faisons connaissance avec un drôle de conteur/narrateur joué par l'excellent Tomer Sisley qui accueille le téléspectateur par ces mots « le premier de tous les ghettos a été créé par Dieu en personne. Et il en était tellement fier qu'il l'a appelé le Jardin d'Eden. » Survolant à la manière de Dieu la Commune, il nous amène doucement à porter le regard sur cette cité, lieu de violences extrêmes et de perdition totale.
Tomer Sisley a un rôle particulier dans la série puisqu'il porte une double casquette. Il est à la fois narrateur ponctuant de ses interventions le déroulement de l'épisode pour expliquer, critiquer ou analyser une situation, et acteur, sous les traits de Hocine Zemmouri, un ancien criminel de la cité reconverti en coiffeur.
Néanmoins dans les deux rôles, il semble « en dehors » de la cité comme s'il avait un certain recul sur les évènements tragiques qui gangrènent les esprits et la paisibilité du quartier.
Ce premier épisode intitulé « Visite guidée » porte bien son nom. Les personnages y sont en effet tour à tour présentés avec leur caractère, l'environnement dans lequel ils évoluent et la place qui est la leur dans le quartier. L'intrigue principale autour de la guerre civile et presque fratricide entre deux figures emblématiques de la cité y est également solidement instaurée.
Tous les habitants de La Commune et les médias sont en effervescence à l'annonce de la libération de François Lazare, un ancien habitant de la cité converti à l'Islam durant ses années de prisons et auteur de best-sellers.
L'homme, qui se fait désormais appelé Isham Amadi a décidé de retourner dans son quartier d'enfance - où adolescent il a été inculpé pour le meurtre de deux policiers - afin d'éradiquer la violence qui y règne.
Isham, sorte de prophète des temps moderne reste néanmoins mystérieux et au comportement étrange. L'homme ne semble pas aussi clair que son projet, ce qui suscite beaucoup d'interrogations au sein des pouvoirs politiques dans la série mais aussi chez le téléspectateur.
Le Maire de La Commune, Jean-Bernard Pietta (Alain Doutey) voit en effet d'un mauvais œil le retour d'Isham, « tueur de flic » et véritable légende dans le quartier, à l'aube de son grand projet de rénovation de la cité. En réalité, le maire souhaite raser les tours de la cité et reconstruire des appartements neufs dans lesquels tous les anciens habitants seront relogés à l'exception de certaines familles inscrites sur une liste noire.
Néanmoins, il y a un homme en particulier que le retour d'Isham dérange, c'est Houssmane Daoud (Doudou Masta) - ancien partenaire de crime de François Lazare - devenu en vingt ans le caïd le plus redouté de la Cité. Houssmane a la main mise sur le trafic de drogue de La Commune et de tout le département.
Le retour médiatisé de son ami d'enfance projette donc sur La Commune une lumière dont il se serait bien passé. De plus, se sachant dans le collimateur de la police et menacé par le projet du Maire de détruire la cité, le privant ainsi de son champs d'activités illicites, Houssmane a de quoi être inquiet.
Ce personnage est très charismatique du haut de ses 1m90 et de sa voix profonde et grave. Nous ne le voyons qu'au sein de sa famille, en bon mari et père. En réalité c'est un homme capable de tout. Cette part d'ombre et de lumière qui sommeille en lui en fait un personnage attachant et détestable à l'instar d'un Dexter, monstre sanguinaire ne tuant que des monstres pire que lui.
Houssmane est aidé dans ses activités par son fidèle lieutenant, Milan Bajic, joué par l'impressionnant Stefano Cassetti dont les yeux bleu perçants accentuent la cruauté et la noirceur du personnage qui n'hésite pas à battre sa copine lorsqu'il la soupçonne d'être enceinte.
Milan deale pour le compte de Houssmane et contrôle une petite armée de dealers dans la cité. Toutes personnes se mettant au travers de son chemin ou de celui de son boss se retrouvent avec une balle dans la tête.
Fabrice de La Patellière, directeur de la fiction de Canal+, écrit que « La Commune est une terre sauvage où la loi du plus fort semble être l'unique règle. On y devient bourreau pour ne pas être victime ». Il n'aurait pas pu mieux résumer l'univers troublant et tragique de la série qui la rend si captivante.
Abdel Raouf Dafri a une écriture très juste et réaliste de la banlieue. Il n'en fait pas une caricature où les habitants des quartiers sont des barbares analphabètes incapables de faire une phrase dans un français correct. Il a déclaré qu'il avait lui-même vécu dans la banlieue de Marseille puis de Lille-Sud et que ce qui l'a motivé dans l'écriture de La Commune, « c'est d'amener le téléspectateur, par le biais d'une fiction qui se déroule dans une cité à s'interroger sur la société française dans tout son ensemble ». Ce qui l'intéresse avant tout, c'est de questionner la société pour poser « un regard franc et sans détour sur l'humain confronté à sa part d'ombre et de lumière ».
Autour du trio infernal, Houssmane, Milan et Isham, plusieurs personnages secondaires mais aps des moindres gravitent, menant chacun leur combat : Anita Rossi (Angela Molina), la responsable du centre social municipal qui s'oppose à l'exclusion pure et simple de certaines familles du nouveau quartier du Maire , Denis Moreau (Olivier Barthelemy), fils d'un des policiers tués par Isham et qui cherche à se venger, Zina Fikry (Samira Lachhad) copine de Milan qui aimerait bien l'épouser et fonder une famille avec lui, Yazid Fikry (Tahar Rahim), petit frère de 15 ans de Zina qui veut se faire un nom dans la cité, Georges Gauthier (Pascal Elso), médecin de La Commune qui tente d'aider une de ses patientes à se sortir de la spirale de la drogue, sans oublier le Maire Jean-Bernard Pietta et son adjoint Alexandre Vincent (Stéphane Debac) bien décidés à raser la cité.
Après 52 minutes de tension, de violence mais aussi de rires grâce à quelques répliques savoureuses qui permettent d'atténuer un peu la noirceur du récit, le narrateur fait une dernière apparition dans laquelle il annonce que dans La Commune, il faut savoir que « le seul jour facile c'était hier… »
Affirmation qui nous laisse songeur... La vie dans cette cité peut être pire que cela ?
Pas le temps de répondre à cette question puisque le deuxième épisode « Chacun pour soi » a déjà commencé. Tout aussi noir et violent que le premier, la hiérarchie des personnages y est toutefois bouleversée. Les méchants se montrent parfois plus gentils que ceux qui sont censés l'être et vice-et-versa.
Chacun continue à mener son combat. Tandis que certains y perdent leur réputation et leur crédibilité, d'autre y perdent la vie. Au fond, comme l'explique Abdel Raouf Dafri, « chaque épisode de La Commune tente de répondre à cette question : A quoi peut bien ressembler l'existence d'individus dont la trajectoire de vie est la chute libre ? » La réponse n'est peut être pas belle à entendre mais elle vaut assurément la peine d'être vue.
Au générique de fin du 2ème épisode, quelques applaudissements timides dans la salle se font entendre. Timides, non parce que la série n'a pas plu, mais au contraire, parce qu'aucun d'entre nous n'a encore totalement quitté l'univers de La Commune, littéralement scotchés dans nos sièges par l'ambiance de la série et le talent des acteurs. On peut véritablement parler de claque, dans le bon sens du terme.
Canal+ a eu du flair en participant à cette série et même si le titre ne convainc pas tout le monde, ce n'est qu'un défaut parmi une multitude de qualités.
Après la projection et une fois remis de nos émotions, un déjeuner en présence des acteurs et de tous les gens à l'origine de La Commune était organisé à la Petite Lucarne, dans les locaux de Canal+ pour les journalistes (et les invitées comme moi)
J'ai eu la chance de déjeuner aux côtés d'Olivier Barthélemy – très drôle au demeurant- qui interprète Denis Moreau et Doudou Masta, l'excellent Houssmane Dahoud, terreur de la Commune.
Tout deux croient dur comme fer au succès de leur série. Conquis immédiatement l'un et l'autre par le scénario d'Abdel Raouf Dafri, ils n'ont pas hésité une seconde à donner leur accord pour participer à ce projet.
Tandis qu'Olivier Barthélémy a joué dans quelques films au cinéma, Doudou Masta est un novice dans le genre. Musicien depuis 15 ans, Doudou Masta a une solide expérience de jeux d'acteurs dans ses clips mais n'avait encore jamais joué dans une série.
S'étant glissé lors de la projection, Doudou Masta m'a confié qu'il s'était fait peur à lui-même dans le rôle de Houssmane Dahoud ! C'est en effet la première fois qu'il voyait le montage fini de l'épisode et il a été impressionné par le rendu à l'image. Si les acteurs eux-mêmes sont scotchés par leur interprétation, qu'en sera-t-il des téléspectateurs ? Réponse le 26 novembre.
La Commune : série en 8x52' tous les lundis soir à partir du 26 novembre et à raison de deux épisodes par soirée, en clair, sur Canal, pour les abonnés